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| Catégorie : Au masculin | |||
| Ajouté le : 18.11.2005 21:17 | |||
| Auteur : [i] s l E m | |||
![]() Depuis quelques saisons, les costumes se portent plus qu'ajustés, carrément étriqués, presque trop courts. Thomas sort de la cabine d'essayage le regard sombre : «Il faudrait que je perde encore deux ou trois kilos.» Le jeune homme a jeté son dévolu sur un costume Dior au moule. «Le tour de taille ne passe pas, mais ça viendra, poursuit-il. Je suis comme Karl Lagerfeld : ma volonté de maigrir est directement liée à mon envie de porter un type précis de vêtements.» Thomas est pourtant mince, mais la mode masculine actuelle exige une silhouette quasi adolescente pour qui veut boutonner son blazer tout en restant à l'aise dans ses mouvements. Pour Vincent Grégoire, décrypteur de tendances à l'agence Nelly Rodi : «Le côté touchant du petit garçon qui a grandi trop vite ou qui ne sait pas s'habiller tout seul cohabite avec la volonté de vouloir mettre en valeur un corps élancé, ferme, mais pas trop musclé.» Une tendance qui reflète un besoin de rigueur Hedi Slimane, le créateur de Dior Homme, est l'un des prescripteurs de cette tendance gracile. Il aime souligner que «la masculinité n'est plus caractérisée par la puissance physique» et qu'il y a «toute une génération pour laquelle il faut adapter les proportions classiques». Ce que Slimane, lui-même filiforme, a fait. L'attitude de jeunes hommes comme Thomas n'étonne plus dans le milieu des initiés. Quant aux autres, ils s'amusent de voir des garçons qui, il y a peu, ne quittaient pas leurs pantalons baggy et sweat-shirts flottants, s'afficher en veste de dandy, les mouvements entravés par l'étroitesse du modèle. Mais pourquoi accepter d'être ainsi contraint ? «Dans une société où on ressent une diminution de l'autorité dans tous les domaines, les jeunes sont en demande de rigueur, souligne Vincent Grégoire. D'après nos études, l'importance du phénomène est surprenante. L'envie d'ordre est très forte, le laisser-aller s'éloigne. Les vêtements étriqués et construits répondent à ce besoin. En portant une veste serrée, on adopte une attitude moins molle. D'où le succès d'Hedi Slimane chez Dior. Il donne aux ados attardés la stature d'un adulte.» Côté style, la tendance renvoie à la fin des années 60 et au début des années 70. Mais il ne s'agit pas d'un simple remake de la garde-robe de Dutronc, Gainsbourg ou Bowie (lire ci-dessous). Selon le magazine britannique GQ Style, le mouvement actuel émane plutôt du designer américain Thom Browne dont les costumes XXS sont vendus 4 255 € chez Colette, à Paris : avec leurs vestes à manches écourtées et leurs pantalons au-dessus des chevilles portés sans chaussettes, difficile de dire de quelle époque ils s'inspirent. Le terrorisme de la ligne haricot Des créateurs comme Raf Simons, Marc Jacobs, Dsquared, Jil Sander, Marni ou Paul Smith y vont aussi de leur interprétation, adoptant soit le total look «preppy» (panoplie campus de Nouvelle-Angleterre), soit uniquement la veste pour compléter un ensemble plus urbain. Et il ne s'agit pas d'un engouement passager. Cela fait deux ans que la tendance s'installe. Côté ventes, l'affaire est plus délicate. Prisé par les moins de 30 ans, ce côté ajusté en agace d'autres. «J'ai horreur de cette image du type anorexique qu'on voit défiler partout, s'insurge Xavier, 36 ans. Les costumes dessinés pour des gamins de 12 ans, je trouve ça ridicule. Bientôt, les hommes seront soumis à la même dictature que les femmes, toujours à la recherche d'une silhouette utopique.» Dans les grands magasins, les blazers rétrécis n'ont pas la cote non plus. «Les vêtements actuels sont simplement plus ajustés, mais nous ne vendons pas de vestes étriquées, explique Thierry Crampes, directeur des achats de la mode au Lafayette Homme. On est passé de trois boutons à deux, voire un seul. Les modèles deviennent donc forcément plus cintrés. Notre objectif n'est pas de nous adresser à seulement 3% de la population !» Quant à Thomas, assis devant une salade et une eau minérale, il rêve toujours de pouvoir porter son costume Dior. Il se dit que c'est maintenant ou jamais. Et il a sans doute raison. |
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