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| Catégorie : International | |||
| Ajouté le : 17.11.2005 18:26 | |||
| Auteur : [i] s l E m | |||
Dans la rue qui longe le palais de justice de Paris, Dominique Wiel, le prêtre ouvrier, 68 ans, n'entend plus la sonnerie têtue de son portable. Il marche et répète, comme pour lui-même : "Il a fallu quatre ans. J'ai toujours su que ce serait long." Il est 21 heures, mercredi 16 novembre, et l'audience de la cour d'assises vient d'être suspendue. Entendus à huis clos, les deux enfants qui l'accusaient de viols dans l'affaire d'Outreau, ont reconnu qu'ils avaient "menti". La veille, c'était par la voix de la mère d'un autre enfant qui avait mis en cause le prêtre pour des attouchements, que l'accusation contre Dominique Wiel avait vacillé. "Antoine nous a dit qu'il ne lui avait jamais rien fait, que devant les policiers, il avait eu peur de se faire disputer s'il ne leur disait pas oui." Mercredi, ces quelques phrases ont achevé de détruire tout ce qui avait justifié trente mois de détention provisoire et une condamnation à sept ans d'emprisonnement par la cour d'assises de Saint-Omer. Des mots lâchés d'abord du bout des lèvres par Julien (les prénoms des mineurs ont été modifiés). La présidente, Odile Mondineu-Hederer, l'interrogeait sur ses premières déclarations contre l'abbé Wiel. "Je me souviens plus", répétait Julien, obstinément. Comme elle insistait, le jeune adolescent avait jeté, dans un souffle : "C'est dur à dire." Puis, encore plus bas : "Ben non, tout ça, je l'ai entendu dire. — De la part de qui ?- des autres, qui racontaient. — Donc, ce n'est pas vrai, ce que tu as dit ? — Non, c'est pas vrai." La tension de l'abbé Wiel est tombée d'un coup. "Je savais, dit-il, que c'était lui le meneur. Ce gosse, je le connaissais bien, c'est une peste." Mais il fallait encore attendre Gabriel, son autre accusateur. Avec lui, tout est allé plus vite. "J'ai menti", a-t-il déclaré, dès le début de son audition. A la cour, Gabriel a raconté que, depuis le procès de Saint-Omer, il prenait des somnifères pour dormir. "Maintenant, je me sens soulagé", a-t-il confié. Avant ce coup de théâtre, la cour avait entendu trois autres enfants, dont les deux fillettes du couple Lavier et le fils cadet de l'huissier Alain Marécaux qui a accusé son père d'attouchements sexuels. Contrairement aux deux garçons ayant innocenté l'abbé Wiel, la fille aînée de Sandrine Lavier avait maintenu ses accusations, même les plus délirantes. Mercredi, dans la soirée, attablé dans un restaurant avec trois de ses soeurs — Dominique Wiel est le septième d'une fratrie de quatorze — le prêtre se souvient que le premier jour de sa rencontre au parloir avec son avocate, Me Blandine Lejeune, il lui avait dit : "Il faut faire reculer le procès le plus possible". Elle s'était récriée : "Mais vous êtes fou, c'est à croire que vous êtes bien en prison !" "Je lui avais répondu : non, mais quand on est dans l'irrationnel, il faut du temps, pour que ça retombe. Saint-Omer, c'était trop tôt, je l'avais senti tout de suite." Ses soeurs confirment : "C'est vrai, il nous le répétait toujours et nous, on ne le comprenait pas." Dominique Wiel trempe ses lèvres dans son verre de bière : "Vous voyez, j'avais raison. Pour un peu, je me prendrais pour Mitterrand : il faut laisser du temps au temps." Le garçon du restaurant à qui il vient de demander une fiche, plaisante : "Vous vous faites rembourser votre repas par la Sécu ?" Dominique Wiel lui sourit : "Non, je crois que j'ai mieux que la Sécu." |
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