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Actualité :

  Magali Rossi, "pater familias" d'un "ménage à trois", jugée pour le meurtre d'un boulanger
Catégorie : International
Ajouté le : 17.11.2005 18:27
Auteur : [i] s l E m

Elle n'a rien oublié. A la barre de la cour d'assises de la Loire, mercredi 16 novembre, Viviane Barthélémy fait revivre aux jurés et à la famille de la victime, Sylvain Bétrix, le drame de cet après-midi du 3 août 2002 comme s'ils y étaient. Les mots et les souvenirs s'enchaînent, infiniment précis. Elle se rappelle qu'il y avait du soleil, qu'il était environ 16 heures et qu'elle s'apprêtait, avec son ami, à quitter sa maison, située à côté de la boulangerie des Bétrix, à Saint-Just-Saint-Rambert.


"J'ai entendu un cri strident, raconte-t-elle, j'ai cru que c'était Sylvain Bétrix qui taquinait son épouse. Ils étaient toujours très joyeux." Et puis, très vite, elle perçoit un bruit de course, " des pas qui claquent", et comprend qu'il se passe quelque chose de grave. Elle voit Virginie Bétrix, l'épouse du boulanger, affolée, qui se jette dans ses bras en criant : "Va le sauver, elle a un grand fusil, elle va le tuer !"

Viviane Barthélémy appelle aussitôt les gendarmes pour leur dire que ses voisins sont victimes d'un cambriolage à main armée. Elle se rue vers le magasin, malgré son ami qui tente de faire barrage. Derrière la porte, elle découvre le corps de Sylvain Bétrix. "Je pensais qu'il était en vie, poursuit-elle. Je me suis penchée sur lui. Je sens encore la chaleur de son corps. Je lui ai dit que ce n'était pas grave, que les secours arrivaient."

Atteint d'une cartouche de fusil de chasse dans le thorax, le boulanger est déjà mort ; près de lui, un billet de 10 euros tâché de sang. "Je me souviens toujours de cette expression de surprise sur son visage, conclut Viviane Barthélémy. Si j'avais pu y mettre un mot, ce serait : pourquoi ?"

Confiée à la brigade de recherche de la gendarmerie de Montbrison, l'enquête peine à démarrer, puis piétine pendant plus de deux mois. Seule Virginie Bétrix a vu l'agresseur, qui s'est enfui après avoir tiré sur le boulanger. Elle décrit une femme au physique masculin. Pas d'autre témoin. Peu d'indices. Les gendarmes établissent un portrait-robot pour retrouver la meurtrière qui a tué pour un peu plus de 30 euros.

Le 9 août, comme le raconte à la cour le responsable de l'enquête, Philippe Lacroix, arrive une lettre anonyme qui dénonce une voiture immatriculée dans le Rhône. Un proxénète, un moment soupçonné, est mis hors de cause. Le 22 octobre, une jeune femme amenée par un policier municipal vient raconter aux gendarmes qu'elle connaît la coupable. Les enquêteurs, d'abord sceptiques, prennent une simple déclaration verbale. "Mais, précise à la cour un d'entre eux, elle nous a livré des indications qui n'étaient pas parues dans la presse."

Emilie Després, 22 ans, a reçu les confidences de ses deux amies, Magali Rossi, 34 ans, et Anne-Sophie Royol, 33 ans, avec lesquelles elle habitait dans un appartement de Saint-Etienne à l'époque du vol à main armé. "Si elle n'était pas venue, reconnaît le gendarme Lacroix, on serait peut-être encore en train d'acter aujourd'hui."

Les deux jeunes femmes sont interpellées, le 23 octobre, à leur domicile. Dès la deuxième audition, Magali Rossi avoue être l'auteur du coup de feu. Anne-Sophie Royol l'attendait dans la voiture. Toutes deux vivent une relation homosexuelle, à la suite d'un coup de foudre né d'une nuit de conversation téléphonique. Plus tard, Emilie Després s'est jointe au couple pour former ce que le président de la cour d'assises, Christian Blaes, appelle "un ménage à trois".

Aux dires des experts, Magali Rossi en impose à ses deux amies. "Elle campe un peu le personnage d'un mec", explique le psychiatre, jusqu'à la caricature du "plus parfait macho". Elle boit de l'alcool, trop d'alcool ; elle est passionnée par la chasse. "Elle doit assurer la survie de son clan, elle prend son fusil", dit le psychologue dans son rapport. Elle témoigne aussi une grande affection à l'égard d'Emeline, la fille d'Anne-Sophie, aujourd'hui âgée de 4 ans et demi. "C'est un peu le pater familias", résume un des experts.

Anne-Sophie Royol est au contraire décrite comme vivant sous l'emprise de Magali, dotée à ses yeux d'une "personnalité très charismatique". "Fascinée", "subjuguée", "soumise", elle s'est sentie "incapable d'agir" après le meurtre. Pour qu'on l'aime, elle est prête à dépenser tout son argent.

En 2000, sa mère l'a fait placer, pour cette raison, sous curatelle. Devant la cour, la maman essaie de défendre sa fille, qui "aime les gens qui sont hors norme". Sa voix se brise : "Je peux dire un mot à la famille Bétrix, monsieur le président." Elle se tourne vers les parents, vers la veuve : "Je n'ai pas passé un jour sans penser à vous."

Le président de la cour d'assises a, par ailleurs, décidé de placer Magali Rossi en détention pendant la durée du procès. La jeune femme avait bénéficié, le 9 septembre, d'une décision de remise en liberté de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon, suite à une divergence avec le parquet général au sujet d'un article du code de procédure pénal.

Accusées de vol avec violence ayant entraîné la mort et complicité, Magali Rossi et Anne-Sophie Royol risquent la réclusion criminelle à perpétuité.


  

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