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| Catégorie : Régions | |||
| Ajouté le : 01.12.2005 20:49 | |||
| Auteur : [i] s l E m | |||
![]() Alors que les responsables politiques de la planète sont réunis à Montréal (Canada) pour statuer sur l'après-Kyoto, les chercheurs mettent en évidence des phénomènes toujours plus inquiétants attribués au réchauffement. Une expérience scientifique fournit, dans la revue Nature du jeudi 1er décembre, la première estimation chiffrée des récents changements de la circulation thermohaline dans l'Atlantique. Selon Harry Bryden et ses coauteurs, chercheurs au National Oceanography Center britannique, la branche du Gulf Stream qui évacue une part de la chaleur du golfe du Mexique vers l'Atlantique nord a vu son débit se réduire d'environ 30 % au cours des cinquante dernières années. Le phénomène n'est en soi pas surprenant. Certains modèles numériques prédisent en effet une telle tendance, en réponse à l'augmentation globale de la température terrestre. Mais la magnitude du changement mesuré ici est considérable. Les chercheurs ont relevé, en 2004, la température et la salinité de l'océan Atlantique, le long de la latitude 25º nord. Ces données ont été comparées à celles relevées à quatre reprises dans la seconde moitié du XXe siècle, en 1957, 1981, 1992 et 1998. Les variations mesurées indiquent que le débit du Gulf Stream — ce courant tiède ascendant qui longe les côtes de l'Amérique du Nord — est demeuré plus ou moins stable. Les voies de retour du cycle ont, elles, subi de profonds changements. MARGES D'ERREUR Le Gulf Stream se divise en deux flux de retour. Le premier — qui circule dans le sens des aiguilles d'une montre — est constitué d'un courant de surface chaud, qui descend vers les côtes de l'Afrique de l'Ouest pour revenir ensuite vers l'Amérique centrale. Le second monte vers l'Atlantique nord, s'y refroidit et, ayant ainsi acquis une densité supérieure, plonge pour se transformer en courant profond. Ces eaux profondes retournent quant à elles à leur point de départ en descendant le long des côtes nord-américaines. Selon les mesures effectuées au niveau du 25e parallèle, la première boucle de retour a gagné en intensité alors que la seconde a considérablement perdu. Un simple calcul de bilan permet alors de déduire la perte de débit du courant tiède qui contribue à tempérer le climat de l'Europe occidentale : de 20 millions de m3 par seconde en 1957, il est autour de 14 millions de m3 par seconde en 2004. Ces chiffres doivent être pris avec précaution, selon plusieurs océanographes. "Les auteurs sont sérieux et présentent des résultats inédits, mais ils admettent eux-mêmes des marges d'erreur importantes", dit ainsi Alain Colin de Verdière, professeur d'océanographie physique à l'université de Brest. "Les mesures ont été faites sur une seule section et au cours d'une période très courte, environ un mois. Rien ne dit que ces mesures auraient été les mêmes deux mois ou un an plus tard." De plus, remarque Didier Paillard, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, "l'océan est observé depuis peu de temps et nous n'avons pas le recul nécessaire pour avoir l'absolue certitude que les changements mesurés ne sont pas, par exemple, le fait de variations naturelles". D'autant que les auteurs se fondent sur seulement cinq mesures en un demi-siècle. Pour autant, malgré de possibles biais expérimentaux, les travaux de Harry Bryden coïncident avec toutes les observations menées jusqu'ici et n'étonnent pas les scientifiques. "Nous observons depuis longtemps d'importants changements de salinité dans l'Atlantique nord et la difficulté qu'ont les eaux profondes à se former", dit ainsi Christine Provost, chercheur au Laboratoire d'océanographie dynamique et de climatologie. Cette réduction de la salinité dans l'Atlantique nord est généralement attribuée à l'augmentation des précipitations, à la réduction globale de la banquise et à la fonte des bords de la calotte de glace du Groenland — autant de facteurs liés au réchauffement. Moins salée, l'eau est moins dense : elle tend donc à demeurer en surface et à être moins remplacée par les eaux tièdes provenant du golfe du Mexique. "SURPRISE CLIMATIQUE" "Les implications de ces observations sont considérables", estime Detlef Quadfasel, chercheur à l'institut d'océanographie de l'université de Hambourg (Allemagne), dans un commentaire publié par Nature. "Les relevés paléoclimatiques montrent que les températures de l'hémisphère Nord peuvent s'effondrer de plus de 10 ºC en quelques décennies et que ces changements abrupts sont intimement liés à des interruptions de la circulation océanique." Le ralentissement actuel est-il susceptible de contrecarrer, en Europe occidentale, le réchauffement de l'atmosphère ? "Ce serait la vision "optimiste" de la situation", estime M. Paillard. Une autre approche serait de penser que cela ne changera pas grand-chose à court et moyen terme, mais qu'un refroidissement important de l'hémisphère Nord pourrait survenir au siècle prochain. C'est ce que le GIEC a appelé en 2001 le possible effet de "surprise climatique". Et puisque la température terrestre moyenne augmente inexorablement, un tel scénario impliquerait un très fort réchauffement de l'hémisphère Sud. |
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